Le coût irrécupérable de l'arrêt

L'idée

J'ai souvent des idées. Je réfléchis sur des choses et je me dis, ça serait bien de faire ça ! Je mets tout ça sur papier, je gratte, j'essaie de l'améliorer et de voir ce que je pourrais donner. Il y a une expression en bosniaque que j'aime bien : "Papier sve trpi". Littéralement : "Le papier endure tout". On peut tout mettre sur papier. Tout ce qu'on veut, le meilleures idées, les complexifier, les simplifier, mais à un moment donné, il faut passer à l'action et concrétiser tout ça. D'où cette idée du papier qui peut tout encaisser sans brancher. Et celui qui fait subir ces atrocités à la feuille A4, peut ne jamais rien en faire de tout ça. C'est souvent moi ça...

L'instabilité des choix

Le plus gros problème vient du fait que, souvent, moi mais c'est peut-être aussi vrai pour vous, nous n'avons aucune stabilité dans nos choix. L'idée qu'on a de commencer telle ou telle chose peut durer quelque jours. Au bout d'un moment, une autre idée va émerger et va écraser celle d'avant et ainsi de suite. Résultat final : on se retrouve dans un éternel commencement ou de recommencement si on a déjà essayé de mettre cela en place avant.

Si on prend le cas du sport par exemple, j'ai essayé de commencer quelque chose une dizaine de fois. Je commence la musculation et peu de temps après je me mets à courir. Quelque jours/mois après, j'arrête la course pour retourner à la musculation. Et je papillonne comme ça d'activité en activité sans aucune colonne vertébrale. Idem quand je me suis dit que je voulais apprendre un langage de programmation il y a des années.

  • Je vais commencer avec le C car c'est complexe et donc me fera apprendre du bas niveau
  • Ah le C c'est trop dur et de plus je ne sais pas comment je pourrais concrètement l'appliquer
  • Je vais prendre Python. En plus c'est versatile donc applicable partout
  • Finalement j'aimerais faire une app Android donc Java c'est nécessaire !
  • Ah la rigidité de Java
  • SQL c'est parfait car je pourrais l'utiliser au travail directement (je suis comptable) vu le nombre de données brassées
  • Retournons sur Python car, en apprenant Python je peux aller vers Django qui va me permettre de mettre en place une idée que j'ai

Et pendant des années, j'ai fait des allers-retours comme ça sans jamais me mettre à fond sur UN truc et m'y tenir. Me voilà maintenant avec Python et Django depuis quelques mois à une allure modéré voir lente. Je m'y tiens mais je regrette le temps passé a errer. Si seulement j'étais plus "carré" dans mes décisions, j'aurais passé plus de temps sur un outils/projet, a me l'approprier, mieux le comprendre, devenir meilleur avec, au lieu d'abandonner et recommencer plus tard.

Le problème de ces allers-retours est le coût irrécupérable de l'arrêt et du recommencement.

A chaque recommencement, on ne part pas de zéro mais c'est encore pire. J'ai l'illusion de maîtriser quelques concepts ce qui pourrait me faire sauter des étapes car: Mais c'est déjà vu ça ! Certes c'est vu mais ce n'est pas maîtrisé. Pas complètement en tout cas.

Tout ça parce que je n'ai pas été foutu de prendre une décision, de faire UN choix et de m'y tenir, quitte à ce qu'il soit mauvais. D'ailleurs avec du recul, je me demande si on peut vraiment faire un mauvais choix. A moins que le choix en question ait des conséquences désastreuses sur certains aspect d'une vie, il est rarement mauvais. Il nous aura apporté quelque chose en cours de route et c'est certainement mieux que de piétiner sur place.

Reprenons l'exemple du sport aussi. Je fais pas mal de vélo de route et je faisais de a course à pied avant. Je n'ai jamais eu l'impression de devoir lutter pour faire une grosse sortie de vélo y compris quand je rentre éclaté du travail. Quand je cours, je cours avec plaisir parce que le cerveau me lâche dans la gueule une bonne grosse dose de dopamine, avant et surtout après. Je n'ai jamais lutté pour y aller. Ce qui m'amène à me demander :

Est-ce juste de mesurer mon assiduité dans une activité dans laquelle je ne lute pas ?

Je ne sais pas si mon raisonnement est juste ici mais je me dis, si je suis bon dans ce que je fais et si je ne lute en rien, où est mon mérite ? Si je cours un marathon tout en sachant que j'aime la course à pied, pourquoi je devrais considérer que j'ai fait quelque chose de "grand", à mon niveau évidement ? J'ai aimé chaque sortie de préparation, j'ai été content de moi à chaque sorti de fractionné. Finir un marathon c'était quelque chose de largement faisable et par conséquent, je n'ai pas de quoi me réjouir. En revanche, si quelqu'un de largement en surpoids décide de se prendre en main, perd 30kg et s’entraîne dur, il devrait être davantage fier de lui. Il peut être content de lui car, il a su prendre une décision difficile, s'y tenir un certain temps et terminer le travail qu'il avait commencé.

Conclusion

Je suis peut-être dur avec moi-même par rapport à ce que je n'ai pas réussi et je ne me réjouis pas de ce que j'ai déjà pu faire. Je ne vois certainement que mes mauvais côtés mais c'est peut-être qu'ils prédominent les bons. Je me rends compte que je n'applique pas du tout cette mentalité aux biens matériels que je possède. Je vois très bien que ce que je possède et je n'ai pas une mentalité de quelqu'un qui veut toujours plus à ce sujet.

Je vois en revanche tous les mauvais côté quant a mon comportement et à mon état d’esprit. Je ne fais pas assez. Je n'exige pas de moi plus de rigueur, plus de fermeté dans mes décisions, plus d'ordre. Je me laisse trop balader par les envies futiles et instables.

Le fait de commencer, s'arrêter un temps et recommencer est terrible. Je perds tellement de temps a repartir là où ce je me suis arrêté. L'idéel serait donc de prendre une décision et de s'y tenir, quitte à ce qu'elle ne soit pas la meilleure. Une décision pas terrible sera toujours mieux qu'un manque de décision.